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LOVE BUGS AS A SPIT ON DRY LAND

ROY KÖHNKE

Exposition

au SHED - site Gresland

12 rue de l'abbaye, ND de Bondeville

PROLONGATION SUR RDV JUSQU'AU 1er DÉCEMBRE !

Les visites se font uniquement sur demande.

Nous contacter : mediation@le-shed.com /  06 51 65 41 76

Vernissage 

Samedi 16 septembre 2023 à partir de 18h

18h30 performance avec Low Lov

 

Rendez-vous

Conférence de l’artiste 

jeudi 23 novembre à l'auditorium du Musée des Beaux-Arts de Rouen

Plus d'infos ici

Dans l’ancienne usine Gresland, Roy Köhnke poursuit le déploiement de ses sculptures visionnaires d’un futur désirant à défaut d’être désirable, dont les premières avaient été exposées chez After Hours Zone (Paris, 2023), dans le cadre d’un prologue à « Love Bugs as a Spit on Dry Land ». 

 

Si le travail de Roy Köhnke prend différentes formes, ses volumes semblent être la matrice du geste : les grandes carcasses conduisent parfois à des dessins de presque-observation, des images animées en 3D (de synthèse), des clichés d’imagerie médicale, scans où le visible change de régime, ou des textes écrits sur de grands pans opaques.

Dans ses expositions, les formes s’articulent les unes aux autres, comme des os bien ajustés, pour composer l’idée (le squelette) d’un autre monde, dont les formes étranges appartiennent à des temps troubles. Leur incertitude tient à leur nature paradoxale. Irrémédiablement présentes, elles sont matériellement et physiquement , faites d’argile, de plâtre, de métal ou de fibres, matériaux tout ce qu’il y a de plus real. Mais elles sont aussi des spéculations : elles pourraient représenter les restes biomorphiques de machines agricoles devenues obsolètes ou tout aussi bien les prototypes d’organismes technologiques qui n’ont pas encore ni déjà eu lieu. On dirait les hybrides d’insectes dont elles ont les carapaces lisses et symétriques ou l’architecture complexe de circuits dédiés et d’engins aux mécanismes bricolés de câble Ethernet et de tubes en latex. 

La densité de leur matière solide est ouverte : traversée de part en part par des canaux – tuyaux, ficelle, tubes, barres – prêts à se plugger comme les pods d’eXistenZ ¹ , à se nouer, à échanger et interagir. Bref, une matière ouverte, curieuse d’autres possibles. On pourrait y voir prolongé le pouvoir d’attraction (un pouvoir qui ne serait pas l’exercice d’une autorité mais l’existence de multiples possibilités) qu’expérimentent les particules chargées qui nous composent, toujours instables, toujours indéterminées, dit Karen Barad ² dans cette formidable conférence que m’a recommandée Roy . On pourrait se dire, à les regarder, que toutes ces particules qui font l’argile, le plâtre, le métal ou les fibres, attendent – attendent une rencontre, attendent d’être touchées.

C’est ainsi que Roy décrit les performances qu’il co-écrit avec Low Lov, artiste, performeuse un peu guérisseuse, au cours desquelles, d’une certaine façon, s’actualise cette ouverture, s’active cette curiosité, se rencontrent des matières – mais plutôt que matières, il faudrait sans doute parler des particules élémentaires composant indistinctement notre matière dite vivante et celle, tout aussi animée même si elle paraît inerte, de l’argile, du plâtre, du métal ou des fibres. 

J’étais dans le petit espace d’After Hours Zone, en février 2023, pour leur première collaboration : la parole sourde est psalmodiée, entêtante, douce ; le geste, lent, caressant, est à la fois sensuel (voire charnel), soignant et libérateur. Dans cet étonnant corps à corps entre la terre et la peau – écho d’un premier corps à corps entre la sculpture et le sculpteur – quelque chose se passe, littéralement : quelque chose s’échange, transite et passe de l’une à l’autre. 

Comme nous, ce soir-là, Roy regardait Low Lov interagir avec la sculpture. Vêtu d’une tunique médicale évoquant la salle d’opération (« theatre » en anglais), il nous avait auparavant confié à chacun·e une bouteille d’eau – marque d’attention pour nos soifs à venir ou mise en partage du pouvoir d’humecter nous aussi la terre rouge, auparavant caressée pour prendre ce galbe velouté, que l’air déjà fendille ? Peut-être alors aurait-il pu se transmettre, ce soir-là, un autre savoir, que véhiculent et disséminent les petites bouteilles d’eau anonymes, devenues à leur tour médium : intermédiaires entre le présent vécu et l’avenir qui s’imagine dès maintenant.

Ainsi, les œuvres de Roy Köhnke pourraient être des sculptures de science-fiction, comme on dit romans ou films de SF. Mais alors une science-fiction queer d’un après-futur post-apocalyptique dont Roy K. imagine les paysages, écaillés de sècheresse, habités de ces grandes formes mutantes en transformation, à l’étrange sensualité.

 

Roy Köhnke (né en 1990, Fr) a étudié aux Beaux-Arts de Paris dans les ateliers d’Ann Veronica Janssens et de Michel François. Depuis 2017, il est cofondateur du collectif d’artistes le Wonder (Bobigny, Fr) et co-dirige leur espace où il vit, travaille et mène un projet d’exposition collective intitulé « Les Boucheries ».

 

Julie Faitot

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¹  David Cronenberg, 1999.

² Karen Barad, 2018, « On Touching : the Alterity Within », conférence organisée dans le cadre du Studium Generale Rietveld Academie intitulé « Hold Me Now – Feel and Touch in an Unreal World » : /www.youtube.com/watch?v=u7LvXswjEBY&ab_channel=STUDIUMGENERALERIETVELDACADEMIE (consulté le 17/08/2023 12:27).

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