top of page

PERFORMANCE EN PERMANENCE

XAVIER MICHEL

​

Exposition

au SHED - site de l'Académie

96 rue des martyrs de la résistance, Maromme

​

Du 14 mai au 16 juillet 2023

Entrée libre du mercredi au dimanche de 14h à 18h et sur demande

​

Performance de l'artiste

du vendredi au dimanche de 17h à 18h

Gratuit, sur inscription ici (jauge limitée)

​

Vernissage 

Samedi 13 mai 2023 à partir de 19h
Performance de l'artiste à 20h

​

​

​

​

 

Xavier Michel, ingénieur en erreur de situation

 

Avant de le rencontrer, je savais de Xavier Michel qu’il faisait des performances et des sons avec des objets bricolés ressemblant à des choses qu’ils ne sont pas : il a beau enfiler sa veste de peintre faite en scotch, il a quand même l’air nu ; aussi réalistes que soient ses palettes en bois de cagette, elles porteraient à peine une tablette de chocolat. 

Depuis que je l’ai rencontré, j’ai appris qu’il fabrique lui-même des systèmes autant que des objets dont il active la fonction au cours d’actions performées. Reprenons point par point : il fabrique lui-même car, dit-il « faire soi-même ouvre des portes, à la fois narratives et plastiques, y compris de choses à côté desquelles tu passes » – on notera, pour y revenir, cette petite volte-face finale qui vient embrouiller l’affirmation initiale apparemment univoque : c’est simple, mais pas exactement. 

​

Il fabrique des systèmes, c’est-à-dire des « dispositifs formés de divers éléments et assurant une fonction déterminée »[1] : ainsi, la cafetière sert à verser le liquide chaud dans les tasses en scotch qui se délitent sur la table à un pied oscillant puis basculant, tandis que se répand au sol le café que la basket peinte et molle équipée d’une semelle en essuie-tout vient délicatement absorber, jusqu’à ce que, de fil en aiguille, remplir une tasse de café déclenche une avalanche. Il faut dire que Xavier a fait des études d’ingénieur à Rouen, avant d’étudier les Beaux-Arts à la Villa Arson, et il est possible qu’il en ait gardé le goût de la mécanique. 

Je ne sais pas si cette attention à l’articulation des corps et des machines – instruments, outils ou mécaniques – observable dans le travail de Xavier Michel est une réminiscence de ces mêmes études d’ingénieur. On se souvient peut-être que Henry Ford fit appel à des chorégraphes, proto-ergonomes, pour concevoir ses chaînes de fabrication de voiture : les machines s’articulent à des corps d’autant plus efficaces que les premières s’emboîtent bien avec les seconds. J’y ai repensé récemment, devant Les Temps modernes, en admirant les glissades, les pirouettes et les grimaces de Charlot pris de folie après qu’on eût testé sur lui la machine-à-manger-en-même-temps-que-l’on-boulonne, finalement pas tellement au point. 

Plus encore que Charlot c’est peut-être Buster Keaton qu’évoquent les actions de Xavier Michel, dans leur absurde prouesse, leur presque-clownesque ou leur idiotie idéale : un abandon maîtrisé au chaos précisément organisé des choses. Les systèmes qu’il invente se « dissipent » explique-t-il : ils ne servent à rien. C’est pauvre, gratuit et parfaitement huilé comme Le Cours des choses[2] ou La Maison démontable[3].

​

À la différence de ces petits films géniaux, toutefois, les images générées par l’interaction de l’artiste avec ses « objets » frise parfois le grotesque : comme cette sculpture vêtue de molleton synthétique effet « marbre » qui se met à danser sur des pieds en plâtre perchés sur talon en fer à béton. La figure est incongrue, extraordinaire, gracieuse et monstrueuse tout à la fois.

​

« Faire soi-même ouvre des portes, à la fois narratives et plastiques, y compris de choses à côté desquelles tu passes ». Et de fait, ouvrir des portes ne veut pas forcément dire les emprunter, on peut aussi passer à côté, si on veut.

 

Julie Faitot, avril 2023

​

_

[1] https://www.larousse.fr/dictionnaires/francais/système/76262 consulté le 17/04/2023 16:13.

[2] Peter Fischli et David Weiss, Der Lauf der Dinge, 1988, film 16 mm, 30 minutes.

[3] Buster Keaton, Edward F. Cline, One Week, 1920, 22 minutes 30.

griffe-shed.jpg
bottom of page