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Avec les prêts de la Galerie Maeght - Paris,

le Centre national des arts plastiques,

et les Frac Auvergne, Bretagne, Champagne-Ardenne, Franche-Comté, Occitanie-Montpellier, Poitou-Charentes

et Pays de la Loire.
 

Et le soutien précieux de la Fondation

Antoine de Galbert

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GASIOROWSKI, C'EST TOUT.

Exposition au SHED, site de L'Académie (Maromme)

Du 14 mai au 17 juillet 2022

Entrée libre du vendredi au dimanche de 14h à 19h et sur rendez-vous

 

 

Gasiorowski aurait pu être ce peintre : lui aussi, vécut furieusement, charnellement, totalement la peinture. Lui aussi se regardait peindre avec ironie, riant de l’ego comme de l’aura des peintres. Lui aussi détruit et recommence3 inlassablement, sur tous les supports (toile, carton, papier, char en plastique, palette, …), avec toutes les matières, en séries, pratiquant l’abstraction dans la figuration et vice versa. Trente-cinq ans après la mort de l’artiste (en 1986), Jonathan Loppin, artiste et commissaire de l’exposition « Gasiorowski. C’est tout. », propose de faire ou refaire découvrir l’incroyable contemporanéité de cette œuvre peu montrée, peu étudiée et méconnue des jeunes artistes. 

L’exposition devait au départ être une « modeste rétrospective » : une dizaine d’œuvres empruntées à des collections publiques et patiemment collectées au cours d’un road-trip allant de Besançon à Poitiers en passant par Reims et Carquefou. Elles couvraient toute la carrière de l’artiste : L’Angélus, appartenant à la période hyperréaliste, aux œuvres étranges de la période régressive (Le Village des Meuliens, 1970, peint au jus de merde d’artiste ou Cérémonies, peintes entre 1983-1984). Il y avait même l’une de ses dernières œuvres : Construction, ouvrage, voie (1986), grand paysage cézannien (122 x 320 cm), annoté comme une carte ou un panorama touristique (« construction », « ouvrage », « voie ») et signé en plein milieu « GXXS » pour « Gasiorowski XXe siècle ». Mais il y eut des refus (trop tard, trop charrette, trop trop). Ce qui créa des manques. Ces manques grossirent jusqu’à devenir des trous qu’il fallut impérativement combler pour rendre justice à l’ampleur de ce géant de la peinture. 

C’est ainsi que s’étoffa la « modeste rétrospective ». Pour cela, il fallut que Jonathan Loppin contactât                                                              la Galerie Maeght ;                                                                                           Colette Portal, photographe et dernière compagne de Gérard Gasiorowski dont elle fit de très beaux portraits ; qu’il défendît cette rétrospective muséale dans un jeune et fougueux centre d’art pas conservateur pour deux sous, auprès d’Isabelle Maeght, propriétaire de la Galerie du même nom ; que s’ouvrissent, enfin, les réserves et l’accès à la Fondation Marguerite et Aimé Maeght. Ils partageaient cet impérieux désir de montrer Gasiorowski.

C’est ainsi que nous voyons aujourd’hui Fertilité, ensemble gigantesque (12 toiles carrées de 195 cm de côté), épopée picturale et œuvre ultime de Gasiorowski ; Six Figures inintelligibles (1986), panneau long de 10 mètres qui semble embrasser toute l’histoire de la Peinture, des silhouettes rupestres ou profils égyptiens à l’expressionnisme abstrait des grands Américains et au monochrome minimaliste – toutefois bien terreux. Nous voyons aussi des Croûtes (1970), des Ponctuations (1974-1978), des Symptômes (1983) et quelques séries issues de l’ensemble pictural d’une fiction presque-documentaire ou archivistique, créée par l’artiste autour de l’Académie Worosis Kiga (anagramme de son nom qui disparaît pour l’occasion : il devient « observateur » d’une fiction). 

Réalisés entre 1975 et 1981, elles sont prétexte à peindre, inlassablement, à re-regarder d’autres peintres, à se les approprier pour « être peintre mais aussi être humble en disparaissant en elle » : la Peinture. 

 

Car ce fut l’obsession de Gasiorowski : non pas l’art, mais Peinture. Pour y parvenir, il arrêta de peindre, quitta le monde, s’effaça, se dédoubla – enfin, se démultiplia pour devenir 1 professeur à l’œuvre conceptuelle assez ennuyeuse, disons-le + 150 étudiants reproduisant docilement le chapeau du directeur pendant 4 ans (Les Classes) avant de se lancer dans un « Exercice libre » en 5e année (parmi eux Jean Degottex et les principales figures des avant-gardes artistiques) + autant d’aspirants refusés, fondus en un seul « Gasiorowski – refusé » où l’on reconnaît Picasso, Cézanne ou Kandinski (Les Refusés) + la peintre rebelle, Kiga l’indienne, qui peint avec la terre, ses excréments, ses humeurs des scènes primitives d’une force inédite + Gérard Gasiorowski, témoin archiviste de cette aventure fictive qui finit mal : un attentat et la disparition pure et simple de l’institution en même temps que l’évanouissement de son directeur, comme l’annonce l’artiste dans un communiqué de presse daté du 2 septembre 1981 : il n’en reste qu’un chapeau et un halo blanc au centre d’une palette. Rien, en somme. 

Alors, alors seulement, Gasiorowski devint peintre. Il avait entamé parallèlement deux séries qu’il appelait ses gammes : Les Amalgames, d’une part, et Les Pots et les Fleurs, d’autre part. Il faut lire les textes de Bernard Larmarche-Vadel, Michel Enrici et Olivier Kaeppelin5, qui ont connu le peintre, pour comprendre l’humour, l’humilité et la puissance de ces séries finies (Gasiorowski avait décidé de s’arrêter à épuisement de la pile de papier qu’il leur consacrait) et infinies (Les Pots et Les Fleurs sont des dessins autonomes et appariés, sauf une). Ces deux séries s’achevèrent en 1983. 

Ses dernières peintures – sur toile ou papier kraft ou carton –, Gasiorowski voulait qu’elles embrassent le fleuve de la peinture, l’histoire de la peinture, la Peinture en sa totalité. De fait, elles ont des figures qui sont des gestes ; elles ont des couleurs qui sentent l’humus et le charbon ; elles ont un corps terrestre et une temporalité inhumaine ; elles se fichent bien de notre continuum abstraction <> figuration, indifférentes à ce que l’on voudra leur faire dire. Elles sont des énigmes. 

Alors, l’on aimera dire, comme Gasiorowski : « Voilà une peinture ! ».

 

Julie Faitot, avril 2022

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